L'Islam

L'islam est la religion des musulmans.
Islam, des racines arabes silm et salm signifie à la fois la soumission et la paix : la soumission à la volonté d'Allah apporte la paix.

Musulman, mu'min, signifie croyant, fidèle.

Le prophète de l'Islam est Muhammad. Il a dit de lui-même qu'il était le dernier prophète. On l'appelle aussi "le sceau des prophètes". Son message, le Coran, confirme, résume, et englobe ceux des prophètes précédents. Coran (al-Qur'an) signifie récitation, puis, par extension, "texte sacré que l'on récite".

Muhammad naquit et grandit à la Mecque en Arabie Centrale (l'actuelle Arabie Saoudite) en 570. Il mourut à Médine en 653. Orphelin très jeune, il fut élevé par son grand-père d'abord, puis par son oncle paternel, guide et intendant de caravane. Muhammad gardait les chameaux. A l'âge de vingt ans, il entre au service de Khadidja, dame fortunée de vingt ans son aînée, puis l'épouse. Il se retire ensuite dans une retraite de quinze ans en dehors de la Mecque.

Il eut ses premières visions en 610 : l'ange Gabriel commença alors à lui dicter ce qui allait devenir le Coran. Ainsi on appelle aussi Muhammad "le Verbe de Dieu".

Muhammad renoue avec la source abrahamique du monothéisme, complétant les messages de Moïse et de Jésus. Il restaure la religion du Dieu unique corrompue dans l'Arabie centrale par l'instauration du culte des idoles importé des cités hellénistiques de Transjordanie et de Syrie.

Muhammad affirme qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Allah, invisible Père de tous, unique divinité, comme l'avaient déjà affirmé, sur le même lieu, à une époque lointaine, Abraham et Ismaël.

L'instauration de la nouvelle religion ne fut pas aisée.

La Mecque était un carrefour commercial important. Les caravanes y faisaient halte. C'était aussi déjà un centre de pèlerinage fameux. On y vouait un culte à 360 divinités. Cela attirait des foules en grand nombre et contribuait à la prospérité de la cité. Elle abritait aussi la Kaaba, chambre cubiforme construite en pierre qui contenait la Pierre noire ainsi que les principales divinités adorées par les tribus arabes. On y trouvait Al-Uzzä, la Mère divine, qui avait pour parèdre (son aspect masculin) Al-Ilâh.

Muhammad doit lutter contre les polythéistes mecquois, riches, prospères, les juifs et les chrétiens, puissants, tant sur le front théologique que sur le front économique et politique.

La prédication de Muhammad diffère de celle des juifs en cela qu'elle ne reprend pas les innombrables prescriptions rituelles rabbiniques, et de celle des chrétiens en cela qu'elle ne reconnaît pas Jésus comme fils de Dieu. Muhammad réfute les prétentions des juifs à être le peuple élu et celle des chrétiens à posséder exclusivement la vérité. Il annonce un monothéisme strict. Pas de Trinité, car " Allah n'a nul associé ".

Avec la religion du Dieu unique, Muhammad prêche aussi la fraternité et l'égalité entre les hommes, ainsi qu'une certaine frugalité. Il rallie d'abord quelques membres de sa famille, des esclaves et des déshérités. Khadîja, son épouse, fut pour lui une alliée et un soutient constant. Son cousin, Waraqa, lettré, érudit qui lisait la bible, reconnu très vite en Muhammad un prophète authentique.

Les habitant de la Mecque résistèrent aux prédications de Muhammad, d'abord par l'indifférence puis plus activement et plus violemment, tant et si bien qu'au bout d'une dizaine d'années le prophète et ses premiers compagnons durent fuir à Yathrib, l'actuelle Médine, plus accueillante.

C'est cet exode (hégire) qui marque l'an I du calendrier musulman (622 ap. J.-C.), le commencement d'une nouvelle ère.

La période de Médine marque l'âge d'or de l'islam. Elle ne dura qu'une poignée d'années pendant lesquelles le Prophète dirigea la communauté des premiers musulmans. Depuis, elle alimente les espérances musulmanes d'un monde parfait établi par l'instauration de la loi islamique.

L'Islam s'est étendu très rapidement à des territoires très éloignés de son berceau, allant vers l'Est, jusqu'en Inde et en Malaisie. Et vers l'Ouest, en Europe centrale et en Afrique Noire et du Nord, jusque dans la péninsule ibérique et en Gaule.

Les plus grands pays musulmans ne sont pas arabes. L'Indonésie, la Malaisie, le Pakistan, la Turquie, le Nigeria, et même l'Inde ont plus de cent millions de fidèles d'Allah chacun. Il y a actuellement environ un milliard de musulmans.

Il est très périlleux d'essayer de déceler une cohérence systématique dans les enseignements de Muhammad. Ceux-ci ont été dictés au gré des circonstances et sont parfois radicalement contradictoires. A toute lecture monolithique du Coran, soustraite des contextes historiques, manquerait donc le fait que Muhammad a constamment réadapté ses enseignements.

Conscients de ce fait, les ulémas, docteurs du droit, ont d'ailleurs souvent été beaucoup moins rigoureux que le Coran dans leurs jurisprudences.

Les premiers enseignements de Muhammad sont centrés sur l'unicité divine, la morale et la fin dernière (résurrection des morts et rétribution dans l'au-delà). Le jugement dernier est constamment évoqué. Le prophète menace sans cesse du châtiment d'Allah ceux qui refusent de l'écouter et d'obéir à sa prédication. Il promet aux élus qu'ils séjourneront dans le paradis d'Allah. Il prêche aussi l'entraide, l'hospitalité, la générosité, la charité, la fidélité aux engagements pris envers les membres de la communauté, la justice, la modération des désirs, la pénitence. L'ascétisme n'est pas explicitement valorisé alors que le mariage est fortement recommandé.

L'Islam n'a pas adopté la thèse du péché originel. Allah a pardonné à Adam. L'homme est bon par nature et il est capable de résister au mal. Allah le guide. Par conséquent, l'Islam refuse la thèse du sacrifice de Jésus sur la croix pour racheter le péché du monde. Allah est pardonneur. Par ailleurs, pour l'Islam, nul ne peut racheter ou pardonner sauf Allah.

Allah est Un et unique. L'Islam ne reconnaît donc pas la Trinité.

Mais Muhammad a conservé certaines des croyances préislamiques, par exemple aux Djinns, bons et mauvais génies, aux houris, vierges aux yeux noirs qui seront la récompense des croyants au jardin d'Allah, après la mort. Il a aussi inclus les anges et les archanges dans la hiérarchie céleste.

Dans certains pays islamiques, des pratiques issues de religions préexistantes ont persisté et continuent à être tolérées en parallèle à l'Islam, notamment en Afrique et en Asie avec immolations d'animaux, talismans, amulettes, visites de tombes des saints.

L'Islam ne comporte pas de clergé. L'imam est le guide de la prière. Il est choisi par la communauté. Il célèbre aussi les mariages et les enterrements.

L'Islam tente d'organiser la vie personnelle et sociale de ses fidèles selon les lois divines transmises par Muhammad et transcrites dans le Coran. En pays islamiques, la religion pénètre donc tous les aspects de l'activité humaine, la morale et le mode de relation interpersonnelles, le culte, l'économie, la politique, l'industrie et le commerce. Il n'y a donc pas de séparation possible entre la vie séculière et la vie religieuse.

Bien sûr, comme toutes les religions, l'islam a aussi son aspect mystique représenté par les mouvements et les confréries soufis qui pratiquent une lecture moins dogmatique et plus spirituelle du Coran.

Ismaël, fils d'Abraham

L'islam n'est pas né de rien. Cette religion tire ses racines dans le judaïsme et le christianisme. Muhammad admet l'apport essentiel de la parole des prophètes majeurs (Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus) et mineurs (Isaac, Jacob, Joseph…) qui l'ont précédé.

Les premiers musulmans se reconnaissaient descendants d'Abraham par Ismaël, le premier fils que le premier patriarche du monothéisme eut avec Agar, la servante de Sarah.

Allah, ses noms

Les historiens supposent qu'Allah fut d'abord le nom du Dieu Al-Ilah, qui existait, parmi d'autres, à la Kaaba (la maison de Dieu) de la Mecque. Allah serait la contraction d'Al-Ilah.

C'est sans doute pourquoi Muhammad insiste très souvent : " Allah est l'Unique. (C 38 65) Il n'a pas enfanté et n'a pas été enfanté. Nul pour lui n'est un égal. Il n'a ni compagne ni postérité.

" Allah est appelé , le maître, le guide de l'univers. Il est " Maître des cieux, de la terre et des hommes ".

Rabb s'oppose à 'abd, l'esclave, 'abd-Allah, esclave d'Allah. Allah est wasi', étendu, vaste. " Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu. " (C 2 109)

Le Coran lui donne 99 noms. Le centième est un nom caché que Dieu ne révèle qu'aux initiés. Ils servent à approcher l'unique divinité par la méditation de ses attributs.


Les 5 Piliers de l'Islam

L'islam est construit sur 5 piliers, 5 fondements.
La profession de foi, la prière, le jeûne du mois de Ramadan, la charité, et le pèlerinage à la Mecque.


La profession de foi (Chahada)

" La illaha Illah Lah, il n'y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète". La profession de foi est le cœur de l'Islam.

" La illaha Illah Lah " peut être traduit diversement : "Aucune autre divinité qu'Allah", ou "Il n'y a aucun Dieu que Dieu".

" Muhammad est son prophète. " Bien que l'Islam reconnaisse l'importance des prophètes d'Israël et de Jésus (comme prophète né d'une vierge et non comme fils unique de Dieu), il affirme que Muhammad est le dernier d'entre eux, "le sceau des prophètes", "l'envoyé", celui qui achève la prophétie. Pour les musulmans, le Coran est donc le livre sacré le plus important, résumant et achevant toutes les révélations qui l'ont précédé.

Dans la voie mystique des soufis, on considère que "le moi" est l'un des faux dieux qu'il s'agit d'écarter afin qu'il n'y ait "aucun dieu que Dieu". " Jusqu'à quand, y aura-t-il entre toi et moi le moi et le toi ? Supprime entre nous mon moi, fais qu'il devienne tout entier ton toi et ne soit plus mon moi ", prie Bayesid Bestami.

" Qui prétend affirmer l'Unité de Dieu Lui donne par là même un associé ! "

La prière (Salah)

A partir de l'âge légal, prier est l'un des devoirs du musulman homme ou femme. Il le fait cinq fois par jour : avant l'aube, après midi, au milieu de l'après-midi, après le coucher du soleil, et à la nuit noire.

La prière se pratique en privé ou en commun. Mais il est dit que la prière en commun a plus de poids que la prière solitaire.

Le muezzin annonce le moment de prier du haut du minaret de la mosquée. "

Allahu Akbar ; Ashadu An La Illaha Illa lah ; Ashadu Anna Muhammadan Rashulu Illah ; Hayya 'Alas Salah… " : Allah est le plus grand, je témoigne qu'il n'y a aucun Dieu que Dieu, je témoigne que Muhammad est son envoyé, venez vite à la prière

Chaque vendredi, tous les hommes doivent se rassembler à la mosquée pour la prière de midi, qui est précédée d'une récitation du Coran et d'un sermon donné par l'Imam. Car La prière n'est valide qu'avec la connaissance. (Parole du Prophète)

Le jeûne du Ramadan

Le calendrier musulman est lunaire. Le mois du Ramadan, le 9e du calendrier, varie donc d'année en année. On y célèbre le souvenir de la révélation du Coran.

Pendant les 29 jours du mois de Ramadan, de l'aube au crépuscule, le croyant s'abstient de manger et de boire, de fumer et de relations sexuelles. (C 2 187) La vie publique et privée du musulman en est complètement transformée. C'est une période de recueillement, de méditation, de retour aux sources et de fête qui procure un sentiment de proximité avec Allah.

Le Ramadan est pour beaucoup le motif d'une joie profonde et, pour la communauté, un facteur d'unité.

La nuit du vingt-sixième jour est laylat al-qadr, " la nuit du Destin ", (C 97) qui est une " Nuit bénie " (C 44 3) pendant laquelle Muhammad s'envola au ciel sur un cheval blanc ailé. On la passe à la mosquée en récitant le Coran en entier.

Le jeûne du Ramadan est ponctué de la fête de l'Aid al-Fitr, au premier jour du mois de Shawal, le 10e mois. On y célèbre la joie d'avoir accompli, avec l'aide de Dieu, l'effort spirituel du Ramadan. La joie d'avoir été victorieux de soi-même, de la faim, des désirs, du péché, de la jalousie et de l'envie et sommes toutes de tout esclavage.

L'aumône (Zaka)

La fraternité prêchée par Muhammad s'accomplit par l'aumône. On ne doit pas laisser un frère dans le besoin, dans la solitude ou dans la misère. Elle donne l'esprit de responsabilité sociale.

Zaka, l'aumône, signifie purifier. Elle purifie l'argent et les biens du fidèle et donc le fidèle lui-même.

C'est une des fortes prescriptions islamiques que de ne pas refuser un bienfait. La charité purifie le cœur du contributeur ainsi que celui du bénéficiaire. Ce dernier en tire un sentiment de sécurité qui le délivre de la jalousie ; il formule des vœux positifs et des bénédictions envers son bienfaiteur.

Le pèlerinage à la Mecque (hadj)

Au moins une fois dans sa vie, s'il en a les moyens et la santé, le musulman doit accomplir ce pèlerinage au cours du dernier mois du calendrier musulman, le mois de dhulhidjdja.

Le hadj est l'occasion de se rattacher aux racines de l'Islam. Car Abraham est supposé avoir bâti la Kaaba, et Muhammad a vécu à la Mecque.

Pour les croyants, c'est l'assurance du paradis. Tous ses péchés lui sont pardonnés.

Lors de ce pèlerinage le fidèle renonce aux préoccupations mondaines et s'attache à la voie de Dieu. Il s'agit avant tout de proclamer l'unité de Dieu, de louer Muhammad, de demander pardon de ses fautes et de prier pour tous les siens.

Celui qui accompli le pèlerinage porte le titre de hadj, qui précède alors son nom et lui assure le respect de tous car le hadj a atteint le sommet de la vie religieuse.

Mais le pèlerinage est aussi l'occasion de rencontrer des croyants venus de tous les horizons du monde et parfois de lier des relations commerciales.

Le hadj est divisé en deux temps : les cérémonies individuelles et les cérémonies collectives.

La fin du pèlerinage est ponctuée de la "fête du sacrifice", l'Aid Al-Adha. Au dixième jour du dernier mois, les pèlerins immolent du bétail à Mina, (7km de la Mecque). C'est aussi l'occasion d'offrir des aumônes et des cadeaux et de pardonner.


La Mecque

Au début de sa prédication, dans sa période mecquoise, Muhammad faisait prier ses compagnons dans la direction de Jérusalem. C'est à partir de la fuite à Médine et des conflits avec les juifs que la prière commença à être dirigée vers la Kaaba de la Mecque.

Les musulmans pensent que la Kaaba désigne le lieu où Abraham fit son premier sacrifice au Dieu unique. Mais elle était déjà un lieu de pèlerinage avant l'Islam car elle abritait la Pierre noire et trois divinités féminines.

Tous les musulmans du monde se tournent vers elle à l'heure de la prière. Elle est le "centre du monde", le lieu sacré par excellence.

Le Djihad

Djihad signifie effort. Il s'agit de faire un effort personnel dans la recherche de la perfection, à l'imitation de Muhammad qui nomme ce travail sur soi le Grand Djihad

Mais Djihad est aussi un effort collectif en vue de propager l'Islam, fut-ce par la force, d'où l'idée de "guerre sainte".

Car l'Islam est une religion universaliste. Tout dans l'univers est créé musulman car tout obéit aux injonctions de Dieu. Tous les hommes sont donc musulmans ou destinés à le devenir. Celui qui a accepté cette foi est tenu de faire l'effort de la propager. Inversement, celui qui la refuse est un kafir, un dissimulateur, parce qu'il "dissimule" par son incroyance ce qui est tenu par les croyants pour l'évidence.

Il est fortement recommandé de lutter contre les oppresseurs pour défendre l'Islam. Il est permis de combattre pour l'Islam. Si un pays refuse de laisser les missionnaires de l'Islam propager "les droits de Dieu et les droits des croyants", il devient permis d'y entrer par la lutte armée.

L'interprétation mystique, le Grand Djihad : la grande guerre sainte est la guerre que le fidèle mène contre ses passions, ses désirs, le mal qui l'habite. Il est lui-même le terrain de la guerre qui fera de lui un saint. Là, le sens du djihad est entier : effort en vue de marcher sur le chemin de Dieu. Un effort qui commence par soi-même.

La fraternité

Allah est Un et sa création est Une.

Toutes distinctions de race, de couleur, de caste, de classe, de pouvoir et d'éducation sont abolies par cette affirmation. Les hommes sont parfaitement égaux en regard du créateur, ils sont tous descendants d'Adam et Eve, et le croyant les considèrera comme ses frères : " Nous vous avons créés à partir d'un mâle et d'une femelle et nous vous avons constitués en confédérations et en tribus, pour que vous vous connaissiez. Le plus noble d'entre vous aux yeux d'Allah est le plus pieux. " (C 49 13)

La umma et la loi

La umma est le nom que la communauté musulmane se donne. Celle-ci n'est pas fondée sur la race, la nation, la tribu, le pays, un métier ou un mérite, mais sur l'adhésion aux principes et aux lois de l'Islam, dont les principaux sont :

La foi en un Dieu unique, Allah, source de tous bienfaits.
Ne pas associer à Allah d'autres divinités.
La promesse d'une vie après la mort.
L'intervention divine dans l'histoire à travers les prophètes.
Les cinq piliers de la foi.
Ne pas voler.
Ne pas commettre d'adultère.
Ne pas tuer ses enfants.
Ne pas calomnier.
Ne pas refuser un bienfait.
Aimer et obéir à Dieu.

Par la suite, d'autres interdits furent ajoutés : Le vin et les boissons alcoolisées, les jeux d'argent, toute représentation humaine ou animale.

Prohibition du sang, de toute viande non saignée, de viande sacrifiée à d'autres qu'à Dieu, de la chair de certains animaux comme le porc.

Il y a aussi des préceptes moraux : être patient, résolu, bon, modéré, intègre, vrai, vertueux, humble, simple, décent, charitable, tolérant, courtois, paisible, serein, etc. Rechercher la paix, respecter les anciens, aider les jeunes et les faibles, prendre soin des indigents, consoler les malheureux, se soucier de ses voisins…

De même que les hommes doivent imiter Muhammad, les femmes se doivent d'imiter ses épouses. Ainsi, " Ne vous produisez pas en vos atours, accomplissez la prière ". Les femmes peuvent être vues de leur père, de leurs fils, de leurs frères, des fils de leurs frères, des fils de leurs sœurs, de leurs femmes et de leurs esclaves. " Les autres les verront derrière un voile. (C 33 53-55)

L'imam

Dans l'Islam, il n'y a pas de prêtre en titre. C'est une religion sans sacerdoce. L'imam est celui qui conduit la prière du vendredi et prononce le sermon. Le mot vient de l'arabe amma qui signifie marcher en avant, précéder, d'où chef.

En général un imam doit avoir fait un minimum d'études coraniques, avoir appris les traditions (hadith), la théologie, le droit et la jurisprudence. Il est choisi par la communauté. Mais n'importe quel musulman, parmi les plus pieux du village ou du quartier, peut le remplacer. Dans les faits, de nombreux ignorants se proclament imam.

Le Coran et la charia, le droit musulman

Le Coran, de l'arabe Qur'an, signifie lecture. Il est composé de 114 chapitres (surates). Immuable, n'ayant pas varié depuis sa transmission par Dieu lui-même à travers l'ange Gabriel qui le dicta à Muhammad, il fut rédigé par Zaïd, le secrétaire du Prophète et quelques érudits, 19 ans après la mort de celui-ci.

Charia signifie "le chemin à suivre". C'est la loi et le droit musulman. Elle est fondée d'abord sur le Coran et rassemble les instructions divines concernant le culte, les règles de vie familiale, hygiéniques, les règles de la morale et les lois qui autorisent et interdisent, délimitent le bien et le mal.

Les sunnites ont associé au Coran, les hadiths, "les dits du prophète", composés d'instructions et des souvenirs de la conduite de Muhammad sous forme de conversation ou de récits. Ils forment un corpus de textes consacrés à l'explication de la doctrine du Prophète et avec le Coran, ils sont la base du droit musulman, la charia.

Appliquée à la lettre, la charia peut être jugée cruelle. On connaît les peines infligées pour vol ou adultère dans les pays qui appliquent la charia : fouet, main coupée, lapidation et décapitation. Allah est miséricordieux et pardonneur, mais ses juristes le sont moins.

Le Coran est plein de contradictions et de paradoxes. Ceux-ci, dit-on, appellent ses lecteurs "à remonter à la source métaphysique dans laquelle les opposés s'unissent". C'est pourquoi les juristes ont ajouté au Coran et aux hadiths, leurs interprétations et la jurisprudence concernant une myriade de problèmes pratiques. Il existe de nombreuses écoles de droit (fiqh) dont quatre principales qui, bien sûr, ne s'accordent pas entre elles.

La recherche personnelle, idjtihad, la quête du bien par ses propres moyens a été limitée par la loi et les juristes.

Fatwa : Un imam d'importance ou un mufti, docteur de la loi musulmane, jugeant les questions de dogme et de discipline peut donner des consultations ou proclamer un acte juridique, une fatwa. Celle-ci fait alors jurisprudence. Un imam peut ainsi condamner quelqu'un à mort en cas d'apostasie (reniement de la foi musulmane).

Vendredi

Pourquoi les musulmans célèbrent-ils le vendredi, alors que les juifs célèbrent le samedi et les chrétiens le dimanche ?

Le samedi est le septième jour de la création. Ce jour là, selon la Genèse et les juifs, Dieu avait achevé son œuvre et cessa alors d'y intervenir directement. L'homme vit dans la durée du samedi et est libre dans un monde qu'il doit, dès lors, contribuer à parfaire.

Le dimanche est le premier jour suivant le premier cycle de création. Pour les chrétiens, le messie est venu en la personne de Jésus, et le monde connaît un nouveau commencement, une ère nouvelle, libre du péché. Ils attendent le retour du messie.

Le vendredi est le dernier jour de la création en création. Pour l'Islam, Dieu n'a pas achevé son œuvre, et il la construit encore en dirigeant le monde. Tout ce qui s'y passe est une expression de son désir et de sa toute puissante volonté.

Cette conception du monde conduit logiquement à la doctrine de la prédestination.

Puisque Allah, le tout-puissant omniscient, dirige le monde et les hommes, y a-t-il un libre arbitre ?

Prédestination

Le problème de la prédestination, très important dans l'islam, a été abondamment commenté à travers les siècles.

S'il l'a été, c'est que le Coran, contradictoire là-dessus, en laisse largement la possibilité. L'homme est-il libre ou est-il totalement dirigé par Dieu ? La doctrine de la prédestination est fortement affirmée par le Coran, mais la liberté l'est aussi.

"Lorsque Allah a décidé une chose, il la détermine et l'inscrit dans un Livre et c'est conformément à ce Livre qu'il crée tous les êtres et gouverne leur vie." (C 22 10) "Allah est celui qui a pris soin de diriger l'homme durant toute sa vie jusqu'à l'heure suprême." (C 45 35) Allah dirige tout, il détermine tout, et le moindre de nos actes est prédestiné.

Le Coran va jusqu'à préciser que celui qui se tourne vers Allah et sa révélation ne le fait pas même de son plein gré. " Quiconque voudra adoptera le chemin de son Seigneur, mais vous ne le voudrez qu'autant qu'Allah voudra. " (C 76 29)

Cependant, le libre arbitre est aussi affirmé dans le Coran : " Faites ce que vous voulez. Allah est clairvoyant sur ce que vous faites. " (C 41 40) " Quiconque le veut, qu'il soit croyant. Quiconque le veut, qu'il soit infidèle. Nous avons préparé pour les injustes un feu dont les flammes… " (C 18 28)

On le voit, l'exercice de la liberté est assorti d'une menace sévère pour celui qui se voudrait libre en dehors d'Allah !

La doctrine de la prédestination pose aussi le problème de la fidélité et de l'infidélité : " Tu égares qui tu veux et tu diriges qui tu veux ". (C 7 153). " Allah fait tomber la grâce sur qui il choisit ". (C 6 12) Allah prédestine donc certains hommes à la foi, à la prière, au bien et d'autres à l'infidélité, aux faux dieux et au mal. " Allah dirige qui il veut ". (C 22 16) Pourtant les affres de l'enfer sont promises à ceux qui n'adoptent pas la révélation d'Allah.

La doctrine de la prédestination débouche sur le fatalisme : mektoub. Dieu a tout prévu et lorsqu'un malheur nous frappe, c'est Allah, qui est tout puissant et omniscient, qui nous l'impose comme une épreuve. Il faut donc se soumettre à sa volonté car " il sait ce que nous ignorons "

Le soufisme, la voie mystique

C'est le courant mystique de l'islam. Son nom dérive de la robe de laine, souf, que portait ses premiers ascètes. Certains historiens pensent que le mouvement soufi préexiste à l'islam. Il est présent chez les chiites et les sunnites.
On le présente souvent en opposant du formalisme juridique et de la lecture littérale du Coran, les soufis voyant dans la révélation de Muhammad une dimension mystique et cela dès le début avec Hasan al-Basri (642-728).

Comme tous les courants mystiques, il est très minoritaire. Il s'est constitué en confréries de disciples (murid) rassemblés autour d'un maître (Cheikh ou Pir) qui donne des initiations aux secrets de la voie. Ces petits groupes de chercheurs mystiques vivent dans la simplicité et une pauvreté volontaire, se consacrant le plus possible à la tentative de "rencontrer Dieu". Longtemps restée discrètes, ces confréries sont maintenant admises dans la plupart des pays islamiques.

On trouve des expressions du soufisme dans la poésie, la danse, la musique, la peinture (miniatures, enluminures), la calligraphies, les traités de philosophie, de théologie et de métaphysique.

Le soufisme est une voie de l'exigence.

Comment s'unir à Dieu ? Comment pénétrer l'unicité de Dieu ? Telles sont les questions centrales de cette voie. Les soufis cherchent à intégrer l'unicité de Dieu dans leurs vies ; leurs personnes et leurs actes étant leur témoignage plus qu'un livre ou un traité.
Bien qu'absolument transcendant et donc inconnaissable, les soufis pensent que Dieu est aussi immanent, car " Allah est avec vous où que vous soyez " (C 57 4), et " Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu ".(C 2 115) Ils cherchent la "proximité de Dieu", vivent sous le regard de Dieu. " Je n'ai jamais rien vu sans y voir Dieu ", dit ibn Wâsi.

" Aucun de vous ne verra son Seigneur avant qu'il ne meure ", dit Muhammad dans le Coran. Le soufi tente de provoquer cette rencontre de son vivant. Pour cela il doit "mourir à lui-même", renoncer à lui-même comme entité séparée, s'unir avec Celui qui est tout.

" Le soufisme est une forme de quête de Dieu imprégné de monothéisme. Ses moyens : la dévotion, l'action charitable, l'étude, l'amour, la méditation, contemplation, l'ascétisme, la pureté, la lutte de l'âme contre le penchant au mal. Mais on peut déceler dans certaines de ses techniques d'ascèses des influences orientales (bouddhiques et hindoues), notamment les pratiques de la méditation, de l'introspection et de la contemplation.

La pratique du dzikr (la remémoration) joint la prière à une discipline de respiration et des postures corporelles. " Je réponds à l'appel de celui qui M'invoque, quand il M'invoque ", dit Allah. (C 40 60) Le pratiquant invoque Allah en répétant en rythme des formules sacrées telles que "Allalu Akbar" ou "La Illaha illa lah".

Dans sa contemplation, le soufi rapproche les pôles dualistes sujet - objet, moi - Dieu, jusqu'à ce qu'il atteigne "la connaissance essentielle" où ni sujet ni objet de contemplation n'existent séparément l'un de l'autre. Car " C'est Lui le chercheur. Allah guide vers sa lumière qui Il veut. " (C 24 35) Le soufi rejoint Dieu du seul fait qu'il le cherche : " J'ai créé les créatures afin d'être connu ", révèle un hadith.
Différentes étapes (stations) jalonnent le parcours du soufi dans son ascension vers Dieu, jusqu'à Fana, l'annihilation.

En savoir plus

Tolérance et intolérance

"Nulle contrainte en religion." (C 2 256) "Quiconque le veut, qu'il soit croyant, et quiconque le veut, qu'il soit infidèle !" (C 18 29)

L'Islam est une religion à la fois tolérante et intolérante. Cela dépend de la lecture et de l'interprétation que l'on fait du Coran. Car on trouve dans le Livre saint à la fois l'exhortation au massacre des infidèles, idolâtres, juifs et chrétiens et la convocation à la fraternité avec les membres de toute la communauté humaine. "Si Allah l'avait voulu, il aurait fait de vous une communauté unique. Il ne l'a pas fait afin de vous éprouver en ce qu'il vous a donné. Devancez-vous mutuellement dans les bonnes actions. Vers Allah sera votre retour à tous, et il vous avisera de ce sur quoi vous vous opposiez." (C 5 48)

L'Islam ne distingue pas de différence entre la vie séculière et la vie religieuse, entre sacré et profane. Tous les aspects de la vie sont régis par le Coran et soumis à Dieu. L'essence du message coranique est un appel d'Allah aux hommes de devenir ses khalifes (ses vicaires) sur la terre. En tant que tels, ils doivent se purifier et établir la loi de Dieu fondé sur un nouvel ordre et une nouvelle loi.

L'idéal islamique d'une certaine justice sociale, d'un ordre politique, d'idées du bien et du mal, du permis et de l'interdit, ne doit pas seulement modifier les conditions extérieures de la vie, mais l'homme lui-même, son cœur et son âme, sa perception de la réalité. Cet idéal s'impose donc à tous, même à ceux qui n'ont pas la foi ! Une certaine lecture du Coran permet cette interprétation.

Cela est vrai de presque toutes les religions. Mais toutes ne tentent plus de le mettre en pratique.

Le christianisme a eut ses inquisitions et a ses fondamentalistes (lecture littérale de la bible et des évangiles). Les juifs ont leurs extrémistes orthodoxes. L'islam a ses intégristes. L'intégrisme, c'est la volonté de soumettre tous les hommes et tous les aspects de la vie, à intégrer tout donc, dans la vision religieuse coranique.

Les meilleures intentions tissent le chemin de l'enfer lorsqu'elles sont appliquées sans discrimination et imposées sans compassion.

La dernière sourate proclamée à Médine est très sévère envers les non musulmans : " Vous qui croyez, combattez ceux des infidèles qui sont dans votre voisinage. Qu'ils trouvent en vous la dureté. Sachez qu'Allah est avec les pieux. (C 9 34) : Combattez ceux qui ne croient point en Allah… " (C 9 29) " Les juifs ont dit "Ozaïr est fils d'Allah". Les chrétiens ont dit "le Messie est le fils d'Allah". (…) Ils imitent le dire de ceux qui furent infidèles antérieurement. Qu'Allah les tue ! " (C 9 30) " Ils ont pris le Messie, fils de Marie, comme seigneur en dehors d'Allah, alors qu'ils n'avaient reçu ordre que d'adorer une divinité unique. " (C 9 31)

Précisons enfin que dans la pratique, le Coran ne doit pas être interprété sans la jurisprudence et l'immense corpus de commentaire qui a été établit dès les premiers siècles de l'Hégire. Ces commentaires sont beaucoup plus doux que les sourates citées plus haut.

Mort et résurrection

" Vous vivrez sur la terre, vous y mourrez et de là vous ressusciterez. " (7 25). " De même qu'Allah vous a créés, Il vous ressuscitera ! " (7 29).

Au jour du jugement, certains seront précipités en Enfer, lieu d'affreuses tortures. " L'homme aura au jour du jugement seulement ce qu'il aura mérité. " C 53 39 " Malheureux celui qui aura abaissé son âme. " (C 91 10)

Les autres iront au Paradis d'Allah, jardin décrit avec précision par Muhammad : ce sera un jardin où coulent des rivières fraîches, où des vierges éternellement vierges et des éphèbes serviront aux élus des mets délicieux et du vin… Ceux-ci auront un corps pour goûter aux plaisirs qui les attendent. Accoudés sur des lits alignés, ils auront des fruits et de la viande, des épouses, des Houris aux grands yeux. (C 52 17)

Cependant, pour Bayesid Bestami " c'est un jouet pour les enfants ! ". Il y a une lecture soufie du paradis.

Les mystiques dépassent ces images du Coran et les interprètent comme des archétypes et des symboles : le vin est la connaissance divine, les vierges sont des vertus, les lits des échelons hiérarchiques, et le paradis est l'état d'amour que procure la connaissance. Lorsque le soufi atteint l'état d'annihilation, ou lorsqu'il atteint l'union dans la connaissance de l'Un, il n'y a plus de péché possible et le paradis comme récompense devient une absurdité. 

Bibliographie
Le Coran, traduction Maurice Blachère, éd Maisonneuve et Larose.
Le Coran, traduction André Chouraqui, éd Robert Laffont.
Maurice Gaudefroy-Demombynes, Muhammad ; éd Albin Michel ; 1957 et 1969.
Henri-Charles Puech, Histoire des Religions, Tome II ; Gallimard, 1972.
Massignon, Le Diwan ; éd du Seuil Massignon,
Guerre sainte suprême de l'Islam Arabe ; éd du Cerf.
Massignon, La Passion de Hallaj ; éd Gallimard.
Henri Corbin, Spirituels et philosophes : les fidèles d'amour, et Shi'isme et soufisme ; éd Gallimard.
La méthode spirituelle d'un maître du soufisme iranien Nur Ali-Shah, par Michel de Miras ; éditions du Sirac, 1973.
'Abdallah al Ansârî al Harawî, Le livre des mystères.
Farid-ud din' Attar, Le mémorial des saints ; éd Albin Michel.
Farid-ud din' Attar, Le livre divin ; éd Albin Michel.
Farid-ud din 'Attar, Le livre des secrets.
Ibn 'Arabî, La sagesse des prophètes, éd Albin Michel.
Ibn 'Arabi, Kitâb Al Futûhât Al Makkiyya, Traité de l'Amour, éd Albin Michel.
Patrick Levy, Dieu croit-il en Dieu ?, Question de - Albin Michel, 1993.