Le Judaïsme

Le judaïsme est la religion des juifs. Les juifs sont les descendants des Hébreux qui sont eux-mêmes descendants de Eber, arrière-petit-fils de Noé.

Cette religion fut fondée par Abraham, le premier des patriarches. C'est lui qui, le premier, a dit qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que ce Dieu est Un.

Un jour Abraham entendit Dieu lui dire : " Va vers toi-même, de la terre de ton enfantement, de la maison de ton père, vers la terre que je te montrerai ". Et il partit. Dieu lui fit la promesse qu'il aurait une descendance nombreuse et une vaste terre riche et fertile, (une terre de miel et de lait), la terre de Canaan. C'est ce qu'on appelle " la terre promise ".

Abraham eut un fils avec Agar, la servante de Saraï, sa femme. Ce fils, Ismaël eut une nombreuse descendance qui forme le peuple arabe. Alors qu'il était âgé de cent ans, Abraham eut un second fils, de sa femme, Saraï, Issac (La traduction de ces noms est intéressante. Ismaël, c'est Ich-Shema-El, celui qui écoute El (Dieu). Isaac : Il rit .

Isaac eut deux fils, dont Jacob. A la suite d'un combat physique avec un Ange envoyé par Dieu, Jacob reçut un nouveau nom, Israël, un nom qui signifie " celui qui lutte avec et contre Dieu ". Jacob eut douze fils qui forment les douze tribus du peuple Hébreu. A la suite d'une famine, les Hébreux migrèrent en Egypte. Là, ils furent soumis en esclavage par les pharaons pendant 400 ans. Enfin Moïse les délivra de ce joug.

Après leur fuite d'Egypte et leur exode de 40 ans dans le désert du Sinaï, les Hébreux s'installèrent dans la terre promise, qui devint plus tard le royaume de Judée, d'où le nom Juif (Il est interressant de voir que juif, traduction de Yéhouda est le nom de Dieu, YHVH, dans lequel a été introduit la lettre dalet, symbole de la porte.) Là, des prophètes guidèrent ce peuple qui avait tendance, comme tous les peuples, à transgresser ses propres lois.

Au cours de leur histoire les juifs connurent deux exils. En 586 av. J.-C. Nabuchodonosor envahit le royaume de Judée, détruisit le temple de Jérusalem et déporta les juifs à Babylone. Cinquante ans plus tard, les juifs pourront retourner en «Terre sainte» et y reconstruire le temple.
En 70 après J.-C., Titus et ses légions romaines détruisirent le second temple, déportèrent les juifs et les dispersèrent dans l’Empire.
L’échec des révoltes des juifs contre l’empire romain en 115 et 133 brisera tout espoir de retour jusqu’à la restauration de l’Etat d’Israël en 1949.

Pendant 18 siècles les juifs vécurent en exil. Certains dans les pays du Nord de l’Europe, d’autres dans les pays du sud, autour de la Méditerranée. Là, ils connurent alternativement paix et prospérité et persécutions. Les juifs ne prononcent pas le nom de Dieu. Ils écrivent YHVH les quatre consonnes et ils lisent « le Nom ».

Le premier principe du judaïsme se trouve dans le « Schéma » (Shema : écoute. Pour le judaïsme, Dieu n’est pas de l’ordre du visible).
Israël : C’est une simple phrase où il est dit : « Ecoute Israël, YHVH notre Dieu, YHVH Un ». La notion d’unité est centrale. Ecoute, toi qui lutte avec et contre Dieu, avec et contre l’homme que tu es, YHVH, l’Être, est notre Dieu, L’Être est Un.

Le judaïsme n’est pas fondé sur un credo ou sur des croyances, mais sur la Loi. Les hommes sont jugés sur leurs actions plutôt que sur la foi qu’ils professent. « Peu m’importe ce que tu crois, disait Rachi, l’un des grands exégètes du judaïsme, dis-moi comment tu le sais. »

La tradition juive a donné une tradition écrite, la Torah. Ce mot signifie enseignement et orientation. En fait il désigne les cinq premiers chapitre de la Bible. Par extension il recouvre l’ensemble des Ecritures, c’est-à-dire la Bible ou ce que les chrétiens appellent "l’Ancien Testament".

La Torah énonce les principes spirituels, les préceptes religieux et les lois fondamentales. Elle propose aussi une Genèse, c’est-à-dire un mythe concernant l’origine de l’univers, du monde et des hommes. Elle raconte également les aventures et les tribulations.

Le judaïsme y a ajouté la Michna, une tradition orale d’exégèse et d’interprétation des textes écrits de la Torah. La tradition orale est très vaste. Elle fut consignée dans le Talmud, plus tard complété par la Guemara et le Midrach.
Le judaïsme n’ayant pas de structure hiérarchique organisée, il n’est pas devenu dogmatique. Différents points de vue, parfois opposés, sont exprimés sur certains sujets par les rabbins du Talmud représentant différents courants de pensée, notamment pharisien, sadducéen, essénien . Il est permis d’étudier les textes et de les interpréter pour y trouver du sens, des sens, une infinité de sens, même contradictoires.

Dans la tradition orale on trouve aussi la Kabbale, une méthode de spéculation métaphysique jointe à une méthode de méditation. La Kabbale s’inscrit dans la tradition de l’exégèse et la poursuit dans une tendance ésotérique fondée sur certaines techniques d’analyse des mots manipulés de multiples façons, sur l’interprétation des lettres de la langue sacrée, l’hébreu, chacune ayant un sens, une symbolique, une histoire. On peut ainsi lire à l’envers ou la première syllabe d’un mot à l’endroit et la seconde dans le sens opposé de la lecture.

Chaque lettre porte une valeur numérique. On peut réduire un mot à sa valeur numérique en additionnant les valeurs de ses lettres pour la rapprocher d’un autre mot ayant la même valeur.
Toutes ces techniques visent à tirer plus de sens, l’essence, l’intention "supérieure", et cela afin d’approcher la « Cause des causes ». On l’appelle aussi le secret, le caché, le voilé ; on dit aussi "l’enclos", et ce mot le nomme le mieux.

Le judaïsme est une religion de la question plus que de la réponse. C’est pourquoi il est dit qu’il est plus important de trouver de nouvelles questions que de nouvelles réponses.

Que dit le Judaïsme ?

Il dit que Dieu est insaisissable, impensable, inimaginable, qu’il n’a pas de forme et que son nom est imprononçable. La Création a jaillit de l’Aïn-sof infini, l’infini, qui a étiré en son sein un vacuum, une matrice, l’Aïn, d’où, avec des lettres, il a créé la lumière puis des univers, notre univers, notre monde, et tout ce qu’il contient. La Création est un langage. Elle vient du vide du silence et elle jaillit de la lumière des lettres, des mots, des phrases.


Qu’est-ce qu’un homme ?

L’ homme (Adam) à été formé à partir de la adamah, la terre. Dans adamah on trouve Adam, l’homme, et Mah, Quoi ? la question. L’homme est l’animal qui s’interroge. Que demandes-tu ?

La kabbale y voit autre chose. Elle coupe le nom de l’homme en deux : A-Dam. "A", c’est la lettre "Aleph", la première lettre, dont la valeur numérique est "un". Elle symbolise l’origine de tout et par association Dieu. La Genèse commence par le mot Béréchit (Au commencement). Ce mot commence par Beth, la deuxième lettre. On en déduit que le Aleph précède le commencement de la Création. Dam signifie le sang, la vie.
L’Adam, l’homme, est donc l’« Un » dans le sang, ou l’association de ce qui était avant la création et de ce qui est dans la création, ou encore une union du divin et du vivant, un dieu vivant d’une certaine façon.

YHVH-Un

Abraham a introduit une double révolution spirituelle. Il a ouvert Dieu à l'universel. YHVH, l’unique imprononçable, n'est pas seulement son Dieu, il est aussi le Créateur de toutes choses, de tous les êtres, de tous les hommes. Ainsi Abraham libère-t-il Dieu de l'appropriation tribale ou nationale en plaçant tous les hommes au même niveau de rapport spirituel. L'Un pour tous, tous pour l'Un.

La deuxième révolution est une conséquence de la première: inappropriable, Dieu est aussi absent. Au-delà de la dualité moi-Dieu, visible-invisible apparaît un troisième pôle, la transcendance philosophie.
Moïse Maïmonide, l’un des grands penseurs du judaïsme, dit de Dieu qu’il est « celui qui connaît, ce qu’il connaît, et la connaissance elle-même. Tout est Un.

Va vers toi-même

Dieu dit à Abraham : « Va vers toi-même, de la terre de ton enfantement, de la maison de ton père vers la terre que je te montrerai ». C’est la première parole que YHVH adresse au père du monothéisme.
Elle concerne tous les hommes de tous les temps : A tous moments, toi aussi va vers toi-même, laisse ton passé et son fardeau de contraintes, quitte tes idoles, ta sécurité, et part à la découverte de toi-même. Va, déracine-toi, vis ta vie, vis ta liberté.

Je serai qui je serai

Lorsque Moïse reçut de Dieu la mission de délivrer les Hébreux de l’esclavage en Egypte, il lui dit son nom : « Je serai qui je serai » . Le nom révélé à Moïse n'est pas celui d'une personne. Il affirme un mode d'être. Cet être est mis sous le signe de l'ouverture, du risque et de l’indétermination.

C’est là un enseignement très important.

A la question « Qui suis-je ? », nous répondons en apposant à « je suis » un chapelet de qualificatifs. Plus nous en ajoutons, plus nous croyons nous préciser, mais en fait plus nous nous précisons plus nous nous limitons.
Pourtant, comme pour Dieu, il n’y a d’autre réponse que « Je serai ». « Je serai » nous laisse libre de devenir ce que nous souhaitons devenir. Dis « je serai qui je serai », le nom qui permet de se délivrer de tous les esclavages.

Quoi qu’il arrive, je serai qui je serai. Une attention au monde et à soi-même dérive de cet enseignement : Elle nous incite à apprendre à nous ouvrir à "ce qui arrive", elle nous invite à prendre les événements « comme ils sont », ; elle retourne la pulsion de tout contrôler en une sorte d’insouciance qui donne le courage d’agir, de faire comme les Hébreux au soir du grand saut (Pessah), laisser le confort des habitudes pour tenter l’impossible.

Pessah, le saut

Les Hébreux partirent d’Egypte où ils étaient esclaves vers un désert aride. Lors de sa prière du matin, chaque juif se souvient de cette époque : « Loué sois-tu Eternel qui nous a fait sortir de la terre d'Egypte, de la maison de l'esclavage... Car nous étions esclave en Egypte… » Et chaque année, les juifs se souviennent de cette libération. C’est la fête de Pessah (Pâques en Hébreu). La fête que Jésus célébrait la veille de son jugement.

Pessah signifie le saut. On ne peut pas être à la fois esclave et libre. Il faut choisir, il faut "sauter" d’un état à l’autre. Se lever, aller, sortir de soi, changer, dire autre chose, faire autrement: Dieu convoque toujours à l'exode. La fidélité s'inscrit dans la permanence de ce souvenir. Dans tous les temps, YHVH appelle chacun à prendre sa liberté.
Et toi, qu’est-ce qui te retient en esclavage ? De quoi te sens-tu prisonnier ? Que dois-tu abandonner ?
Il te faut sauter dans ta liberté.

Les dix commandements :

Au cours de leurs tribulations dans le désert, les Hébreux reçurent le « Décalogue » ou « « les dix paroles » (« Décalogue » ou « les dix paroles » connues comme « les dix commandements ». Il faut remarquer que ceux-ci sont écrits au futur : « Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas… » Ce ne sont pas des commandements ou des impératifs, ce sont des projets. Bien sûr nous ne sommes pas parfaits ! N’en éprouvons pas pour autant de la culpabilité. Nous serons demain meilleurs qu’aujourd’hui.) connues comme « les dix commandements » qui traitent de prescriptions spirituelles et d’une éthique de vie.

Moi-Je YHVH, ton Elohim qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de l’esclavage.
Tu n’auras pas d’autres dieux devant mes faces.
Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut, dans le ciel, en bas sur la terre, dans les eaux. Tu ne te prosterneras pas devant elles.
Tu ne prendras pas le nom de YHVH en vain.
Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, le septième jour est le jour de repos de YHVH
Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent.
Tu ne tueras point.
Tu ne commettras point d’adultère.
Tu ne déroberas point.
Tu ne convoiteras point la maison, la femme, le serviteur, la servante, le bœuf, l’âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.

Suivent 613 autres lois traitant de tous les sujets. Parmi celles-ci on trouve celle que Jésus privilégia :"tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le décalogue se divise en deux parties : la règle spirituelle et la règle éthique. La règle spirituelle : Tu n’auras pas d’autres dieux. YHVH, l’IMPRONONCABLE est un principe libérateur fondamental. Il interdit que tu te soumettes à quoi que ce soit qui enchaîne. La liberté est à la racine des principes divins.

Dieu créa l’univers en six jour, le septième jour il « cessa ». Chabbat est l’observance du jour de repos hebdomadaire. Le pratiquant se retire "des choses de la ronde des jours" pour se consacrer à ce qui est éternel dans le temps. La règle éthique : Ne tue pas, ne vole pas, évite d’envier, ne jalouse pas, ne dis pas de mal de ton prochain. Honore ceux qui t’ont engendré ainsi que tous ceux qui t’ont aidé à devenir ce que tu es.
Essaye d’aimer ton prochain comme toi-même.
Quelles sont tes lois à toi ?

Vanité des vanités

« Vanité des vanités, tout est vanité » dit l’Ecclésiaste.
Le mot qu’il emploie est Havel, buée, vapeur. On pourrait traduire par « tout est vacuité », un vide plein de possibilités.
En Hébreu, « moi », anï, est composé des lettres qui écrivent aïn, « rien, néant ». Lorsque l’on déconstruit le moi pour l’examiner, on y trouve le rien, le vide, la matrice originelle (aïn) de laquelle ont jaillit tous les univers.

Tout vient du néant matriciel et tout y retourne. Aïn est au-dessus de tout ce qui est créé, de lui tout a surgit, en lui tout s’évanouit.
Il y a un sens aujourd’hui, et un autre sens apparaîtra demain. Rien n’est définitif, rien n’est défini, et ainsi rien n’est limité.
Tout est rien et dans ce rien tout est possible.

La sexualité

Adam traduit l’humanité. Il y a des adam-hommes et des adam-femmes. Mais pour différencier l’humain masculin de l’humain féminin, l’Hébreu dit Ich et Ichah, et cela s’écrit Aych et Ychah. Sur la racine binaire Aleph-Chin, le masculin, Ich (Aleph-Yod-Chin) contient un Yod, que le féminin n’a pas. Le féminin, Ichah (Aleph-Chin-Hé) est suivit d'un Hé qui manque au masculin. Lorsque Ich et Ichah s'unissent, le masculin et le féminin se donnent l'un à l'autre un Yod et un Hé qui forment le mot Yah (YH), l'un des noms de Dieu, les deux premières lettres de YHVH. Toute âme louange Yah (YH)! Hallellou-Yah, louez Yah.

Cela nous enseigne que l’union sexuelle est un acte qui, produisant un des noms de Dieu, évoque sa présence, qu’il est sacré et qu’il est bon.
Dieu a créé l’homme avec le désir. Le désir n’est pas un péché.
Que désires-tu ?

Points importants

Ne place rien au-dessus du principe imprononçable qui fonde la liberté.

Ne te définis pas. Tu seras toujours « je serai qui je serai ».

De quoi es-tu l’esclave ? Que dois-tu abandonner pour changer ?

Si tu ne te poses pas de question, tu es de la terre. De la terre qui s’interroge, c’est cela un homme. Que demandes-tu ?

Souviens-toi que tout est Un. Et pour le savoir, uni en toi « celui qui connaît, ce qu’il connaît, et la connaissance elle-même ».

La Création est un langage. Elle jaillit de lettres et de mots. Fais attention à ce que tu dis.

Les quatre questions

Que cherches-tu ?

« Où es-tu ? », demanda Dieu à Adam. Et depuis, il ne cesse d’interroger les hommes sur eux-mêmes. Le judaïsme est une religion de la question. Cherche ta question.

Quelles sont tes armes ?

« Je serai qui je serai » : Je suis rien et tout, et peu importe ce que je suis ou ce que je crois être aujourd’hui, « Je serai ce que je serai ».
Tout est possible parce que tu n’as rien à perdre et tout à devenir.

Quelles sont tes peurs ?

« Qui suis-je pour aller vers pharaon ? » demande Moïse. « Je ne suis qu’un enfant », répond Jérémie à l’appel de Dieu. Jonas se leva pour s'enfuir loin de la face de l'Eternel qui lui avait dit . « Lève-toi, va à Ninive et crie contre elle ».
"Pas moi, pas maintenant, pas ici, pas comme cela". On trouve toujours une raison de ne pas bouger, de ne pas changer. « Que cette coupe passe loin de moi », songera Jésus avant son arrestation.
On ne croit pas être à la hauteur. Même les prophètes ont hésité avant de se lancer. Toi aussi tu dois te lancer, même dans l’inconnu.

Qu’es-tu prêt à donner pour cela ?

Abraham entendit une voix qui lui disait : « Prend ton fils, Isaac, et vas le sacrifier ». Et Abraham obéit. Au moment où il allait accomplir le sacrifice, un ange retint son bras.
Si tu es prêt à tout donner, tu n’auras peut-être pas à tout donner. Que donnes-tu ?


Sources et livres
La Bible
Le Talmud de Babylone (édition Verdier)
Le Zohar (édition Verdier)
Le Guide des Egarés, Moïse Maïmonide, (édition Verdier)
Les origines de la Kabbale, G.G. Scholem, (Payot, 1966)
Les grands courants de la mystique juive, G.G. Scholem, (Payot 1983)
Traité d’histoire des religions, Mircéa Eliade, (Payot, 1964)
Dieu croit-il en Dieu ? Patrick Levy (Question de – Albin Michel, 1993)
Le sacrifice interdit, Marie Balmary (édition Grasset, 1986)
Concerto pour quatre consonnes sans voyelles, Marc-Alain Ouaknin (édition Baland)